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"orthographier l'émotion dans un alphabet....." dit annacis.merci de la part de la petite mamie http://annacis
Par annacis, le 18.08.2020

tant de souffrance et de justesse dans tes mots.. comme un boomerang, les maux et non-dits nous reviennent..
Par Anonyme, le 27.09.2018

de rien m'dam; il est des encres qui coulent comme des nuits, sans difficulté ; d'autres , plus ardues; suis
Par annacis, le 24.09.2018

encore un très beau texte, qui nous emporte dans ton univers.. mer ci m'sieur. danm
Par Anonyme, le 24.09.2018

merci de ton petit mot cathy catherine :-)... je ne sais pas si le mot gentil convient bien à un texte c
Par annacis, le 20.05.2017

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Date de création : 25.09.2011
Dernière mise à jour : 17.08.2020
40 articles


LA VEUVE DE MER...

Publié le 16/07/2013 à 15:40 par annacis
LA VEUVE DE MER...

Regarde là petit

Viens voir

Tout au bout de la jetée

légère sur les galets

Il y a la dame en noir

Il y a une vie

Le vent berce ses cheveux argentés

Ses yeux clairs percent les mers

Ses iris renvoient les embruns bruns

Des femmes de marins

Elle embrase l'univers

Elle se fait l'aumône

De quelques fantômes

Une cosette de délice

Repérés, volés aux abysses

Ou ses pensées s'abîment

Replis de ses mémoires les plus intimes...

 

Regarde là petit

Respire ses atmosphères

Entre dans ses sphères

Parcours ses silencieux cris

Tout à l'heure elle ira tranquille

Sur ses vieilles guibolles

Jusqu'à l'église Saint-Jacques

Parcourant les vieux quartiers de la ville

Ou lui parlent chaque plaque

On y a tant vu sa carriole

Dans chaque rue il y a un passé qui rigole

Dans les rigoles de l'âme qui parfois s'affole

Elle en a vu passé des mariolles

Quand elle créchait rue des maillots

S'était la banane qui faisait le fricot...

 

Regarde là petit

Ecoute ses mots dans ses rues tombeaux

"A la banane mesdames

A trois pour 20 sous la banane!!!"

"A la belle banane mesdames

Trois pour 20 sous la banane!!!"

Pas un cadeau

Quand son rené a pris le bouillon des flots

Quand le ROLLON est rentré berne en pierre

Faisant d'elle la veuve de mer

1925, pas de sirop et quatre marmots

Elle a pas courbé l'échine

La veuve LEFEBVRE, la mère 21

Elle s'est même mise à la chine

A s'en usé les mains...

 

Parfois, quand elle se laisse allée à voir son rené qui sombre

Avant que ses pensées ne sombrent

Elle se perd sur le port dans le nombre

Des anonymes en partance

Dans les fourmillements d'équipages

S'apprêtant à prendre le large

Pour peut-être de futurs naufrages

BAUDELAIRE émarge

D'un psaume en marge

VOYAGE résonne dans son fatidique

Cette phrase qui hurle sur un papier tragique

"Ô mort vieux capitaine, il est temps levons l'ancre..."

Le cri sorti de la bouche d'un maudit

Une beauté bannit

Elle aime s'enfuir à outrance

là ou plus rien ne l'offense

Elle s'offre quelques pages

D'un temps dévoré par les anthropophages de l'âge...

 

Puis le vie a repris avec ses chancres

Ses mécréants qui chantent

Ses années qui déchantent

Elle avait le corps sage

Mais croyait encore en son corsage

Est arrivé son François

Un marin sa va de soit

Un rouquin pourquoi pas

Un breton de bon aloi.

Elle est devenu la mère PEZENNEC

En pays NORMAND faut faire avec

Son François s'est encore la froide vaguelante qui l'a pris

Emporté lui aussi

Vicieusement, par les poumons

Un homme sans cotes foudroyé à terre

Sans ponton

Un enfer...

 

Devenir la veuve PEZENNEC

Gueulé à la fatalité d'aller se faire voir chez les grecs

Accepté les habitués de la mère 21

Faire se qu'on peut chez les siens

Sans corréc.

L'existence à continué de tangué

de bordé en bordé

Pour renée, sa première poupée

Celle qui aurait la mauvaise idée

A 28 ans de tout plié

Faire ses bagages sans ambages

Pour un éther ne promettant ni douleur ni outrage...

 

Pour André, son adoré caboche

Son titi main dans les poches

Son traîne galoches

Son délicieux Gavroche

Môme parfois fantoche

Voyant tout sans anicroche

Lui qui à 21 ans mourrait chez les boches

Lui déchirant les trippes de façon terrible

L' habillant à jamais de cette couleur de deuil

Souffrance fière bien trop visible

Bien trop d'écueils

Trop de cercueils...

 

Regarde au loin petit

La Manche ruisselle comme un dimanche

Un dimanche de vacance

Dans son eau jamais dessalé

De ses humeurs iodés

Un dimanche sans cale

Sans chaîne idéal

Un dimanche ou ne résonnent même pas les cloches dominicales...

Regarde là petit

Elle sait que la vie est une bacchanale,

Un truc fatal, bancal,

Mais jamais banal...

 

Elle a fait poussé son Roger qui profitait

Et profiterait encore jusqu'à 65 piges passés

Offrant ses dépressions aux femmes

Aux fumées, aux boissons

Aux meilleurs poisons

Descendu en flammes dans ses oriflammes

Sans un temps d'escale

Dans les miroirs de ses dédales...

 

Yvette sa pitchounette

Sa petite minette

Celle qui verrait mourir, naître

Ce visage à une fenêtre.

Celle qui laissant sa marque dans l'espace temps

Telle les figures des proues d'antan

Oserait 85 ans...

 

S'est pour eux qu'elle a repris sa tournée carriole

La fronde , les babioles

Les petits metiers

Ceux qui filent l'oxygène aux artères pavés

Elle s'est faite poissonnière

La criée, le vulgaire

Les mots de l'aube

Ceux qui ne portent pas d'aube

Elle imageait les marchés accompagné des accordéons,

des vièles, des violons, des cornemuses et des chansons

Elle a ouvert une boutique à trois ronds

Fourguant la miche et le jambon

Elle aurait bien put s'appelé madame quatre saisons

Mais franchement petit moi j'aurais trouvé sa con

Tant s'était Madame émotions...

 

Puis comme ça

Dans le sillage de ses pas

Elle s'est faite mémoire

Elle s'est faite histoire

Sa peau un parchemin griffonné

Des encres qui savent racontés

Elle trouvait nuisibles les bétons en expansion

Ne faisant jamais d'effort

Pour faire parti du décor

Elle était le décor

Elle baladait dans ses rides des monuments aux morts

Tout ceux jamais revenus du bord

Toutes celles écoutant aux abords

Ce foutu tocsin annonçant la camarde

La grande mare se jouant si bien de ses drôles de camarades...

 

Les journaleux la citaient

Les prétentieux la saluaient

Elle riait, virvoltait,

 Se remplissant les narines des petites gens qui l'aimaient...

 

1984 petit

Elle a du en avoir sa claque

Elle a planté le cloaque

89 piges

Elle a fait une voltige

Bouclé ses valises

Mis ses souvenirs dans milles et une remises,

Elle avait bien vécu milles et une nuits

Il aurait fallu trop de cadre pour ses photographies

Elle aurait sûrement préféré qu'on laisse sa bière sur le parvis de Saint-Jacques

Avec un bout de mer en flaque

Pour l'adoucir d'un baiser

Son truc s'était les pavés

Pas les processions guindées...

 

Dans les écumes du lointain

Sur une eau presque blanche

Revenus des profondeurs aquatiques

La saluaient, LE NEW HAVEN, LE BREIGHTON, LE LISIEUX, LA ROMANCHE,

Et tous ces bateaux qui n'ont jamais réapparus un matin

De ces étendues ou ils n'ont laissés que quelques planches

Et tous ces pleurs tragiques...

 

Depuis elle dort dans cette terre saline

Là ou elle marchait dans les odeurs marines

En bas sur la grève

Les vagues s'ébattent sans trêve

Sur un air mousseux

Chantant l'avant des vieux

Viennent les rires hauts et forts

Conduit par les courants des cimetières marins

Tout va bien.

Son esprit flotte et s'évapore

En brume jusqu'aux falaises

Chassant les malaises

D'autres veuves à venir

Tant l'avenir ne serait pas sans le passé

Toujours là, comme un sourire,

un infini paysage tatoué...

 

Regarde là petit

Sur les ports de LA ROCHELLE, DIEPPE, BREST

ou d'autres bouts d'estuaires en restes,

s'est peut-être ta grand-mère,

ta voisine, un mystère.

Elle est une

Elle est mille

S'est une dune

Puis une île...

 

Ci-gît la veuve de mer

Ci-gît l'histoire d'hier...

 

ANNACIS...

A TOUTES LES VEUVES DE MER DE LA PLANETE...

A mon arrière grand-mère née DAVID

épouse et veuve de René LEFEBVRE 21éme de sa fratrie, d'où le surnom de mère 21...

Epouse et veuve de François PEZENNEC...

Mère inconssolable tout autant qu'innébranlable...

Andrée Jeanne Marthe DAVID

1895-1984

Je t'aime mère la peau dure...